04 janvier 2009

Je songe aux ciels marins ...


Je songe aux ciels marins, à leurs couchants si doux,
A l'écumante horreur d'une mer démontée,
Au pêcheur dans sa barque, aux crabes dans leurs trous,
A Néere aux yeux bleus, à Glaucus, à Protée.

Je songe au vagabond supputant son chemin,
Au vieillard sur le seuil de la cabane ancienne,
Au bûcheron courbé, sa cognée à la main,
A la ville, à ses bruits, à mon âme, à sa peine.

Jean MORÉAS (1856-1910) (Recueil : Les Stances)

03 janvier 2009

Le soleil sur les pierres

Sur les rocs, comme au ciel, le monarque du feu
Se donne, ici, libre carrière.
L'oeil cuit, caché sous la paupière,
Aux fulgurants reflets du grisâtre et du bleu.

Fourmillements d'éclairs de miroirs, de rapières
Et de diamants... il en pleut !
L'astre brûle : sa roue épand sa chaleur fière,
Autant du tour que du moyeu.

Ni nuage, ni vent, ni brume, ni poussière !
Il s'étale, entre comme il veut,
Doublé, répercuté partout, et rien ne peut
Faire un écran à sa lumière.

Maurice ROLLINAT (1846-1903) (Recueil : Paysages et paysans)

01 janvier 2009

Bon jour, bon an et bonne vie

Bon jour, bon an et bonne vie,
Bien et honneur sans villanie
Doint Dieu a ma doulce maistresse,
Qui m'a donné de sa largesse
La fleur de ne m'oubliez mie.

De très bon vouloir la mercie,
Nuyt et jour pour elle je prie,
Et de dire mon cuer ne cesse :
Bon jour, bon an.

Bein doulcement si s'umilie,
Et luy vient de grant courtoysie
Quant a joye si me radresse,
Qui suis prisonnier en tristesse.
N'esse bien raison que je dye :
Bon jour, bon an ?

Jehan REGNIER (1392-1468)

28 novembre 2008

Tous ces oiseaux qui sous la nuit obscure


Tous ces oiseaux qui sous la nuit obscure
D'un triste vol se plaignent lentement
Ne sont témoins du doux commencement
De mon amour sainte, loyale et pure.

Les clairs ruisseaux, les bois et la verdure
Des prés fleuris d'un beau bigarrement
Sont seuls témoins du bien et du tourment
Que pour aimer également j'endure.

La nuit n'eût su dans son sein recéler
Mon feu luisant, qui peut étinceler
Parmi les cieux, aux enfers et sous l'onde.

Mon amour passe au travers de la nuit,
Et plein d'un feu qui bluettant s'enfuit,
Aide au soleil à redorer le monde.

Flaminio de BIRAGUE (1550-?)

09 novembre 2008

Sonnet à mon ami


J'avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d'un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.

Une femme modeste, à peu près de mon âge
Et deux petits enfants jouant à son côté ;
Un cercle peu nombreux d'amis du voisinage,
Et de joyeux propos dans les beaux soirs d'été.

J'abandonnais l'amour à la jeunesse ardente
Je voulais une amie, une âme confidente,
Où cacher mes chagrins, qu'elle seule aurait lus ;

Le ciel m'a donné plus que je n'osais prétendre ;
L'amitié, par le temps, a pris un nom plus tendre,
Et l'amour arriva qu'on ne l'attendait plus.

Félix ARVERS (1806-1850) (Recueil : Mes heures perdues)

09 octobre 2008

Prix Nobel de Littérature 2008

L'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio a reçu, jeudi 9 octobre, le prix Nobel de la littérature 2008.